21 août 2026 · Michael Adams
Commission binationale Pretoria-Harare : 33 accords signés, mais l'heure du bilan économiq
Trente-trois textes signés, mais les retombées concrètes en emplois et investissements restent à démontrer.
Trente-trois accords et mémorandums d'entente en moins d'une décennie, et pourtant le vrai test reste devant. C'est le constat qu'a posé Ronald Lamola, ministre des Relations internationales et de la Coopération, en ouvrant jeudi à Pretoria le segment politique de la quatrième session de la Commission binationale Afrique du Sud-Zimbabwe (BNC). Pour Lamola, la véritable mesure du succès de la BNC sera "la mesure dans laquelle nos décisions se traduisent en investissements, en commerce, en emplois, en infrastructures, en sécurité énergétique, en sécurité alimentaire et en amélioration des conditions de vie de nos peuples."
Le bilan documentaire est réel. La commission est opérationnelle depuis avril 2015, et les deux gouvernements ont signé plus de 33 accords couvrant de multiples secteurs. Lamola a clairement indiqué que ce volume n'est pas suffisant en soi.
Le contexte migratoire renforce cette urgence. Le Zimbabwe représente environ 48 % de la population migrante en Afrique du Sud, un chiffre qui traduit une interdépendance économique déjà structurelle, mais insuffisamment monétisée dans les deux sens.
Sur le plan agricole, le corridor commercial fonctionne à une échelle déjà significative. L'Afrique du Sud a exporté vers le Zimbabwe environ 1,1 milliard de dollars américains en produits agricoles en 2025, faisant du Zimbabwe son premier marché agricole africain et son deuxième marché agricole mondial. En sens inverse, le Zimbabwe a fourni environ 202 millions de dollars en exportations agricoles vers son voisin. Ces volumes, bien que substantiels, restent en dessous du potentiel estimé de la région selon Lamola, qui a plaidé pour une diversification vers les semences, les machines, les technologies agricoles et les capacités d'agro-transformation. L'objectif est d'ancrer davantage de valeur au sein des chaînes de valeur régionales d'Afrique australe plutôt que de l'exporter.
Par contraste, le déficit le plus visible entre ambition et exécution se situe dans les infrastructures. Le poste frontière de Beitbridge supporte des volumes importants de commerce régional, mais la modernisation routière et ferroviaire, les systèmes de gestion frontalière et les capacités logistiques restent sous-dimensionnés par rapport aux flux qu'ils traitent. Lamola a positionné l'investissement infrastructurel comme un prérequis fondamental, couvrant non seulement les corridors de transport, mais aussi l'agriculture, l'industrie et les réseaux commerciaux. La sécurité hydrique et la connectivité numérique ont également été identifiées comme des axes nécessitant un engagement capitalistique coordonné des deux parties.
Le secteur minier offre un levier différent. Les deux pays disposent de dotations en minéraux critiques dont l'importance stratégique dans les chaînes d'approvisionnement mondiales s'accroît. Lamola a insisté sur la nécessité d'approfondir la coopération en matière de bénéficiation et de valorisation dans l'exploitation minière, faisant valoir que les schémas actuels d'extraction et d'exportation laissent une part substantielle de la valeur économique hors de portée de la région. La logique est directe : traiter le minerai localement avant exportation capte davantage de valeur qu'expédier des matières premières brutes.
La sécurité énergétique complète l'agenda de coopération. Lamola a appelé à des investissements conjoints dans la production d'électricité, la transmission et la connectivité régionale via le Southern African Power Pool, incluant de nouvelles capacités de production, des technologies d'énergie renouvelable et des améliorations de la résilience des réseaux. Pour les opérateurs industriels et commerciaux des deux pays, une infrastructure électrique transfrontalière fiable constitue un prérequis à toute montée en puissance de l'activité.
Sur la mobilité de la main-d'oeuvre, Lamola a qualifié une migration sûre, ordonnée et régulière de phénomène qui "profite à l'Afrique du Sud, au Zimbabwe et à la région dans son ensemble", traitant la mobilité du travail comme un facteur de production économique plutôt que comme un simple défi de gouvernance. Il a salué l'appel de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) en faveur d'un dialogue migratoire destiné à traiter les causes profondes et à développer des réponses régionales durables. Les deux gouvernements ont par ailleurs explicitement rattaché la coopération bilatérale à la Zone de libre-échange continentale africaine et aux priorités de la SADC, considérant les acquis de cette relation comme des éléments constitutifs de l'architecture commerciale continentale.
La session ministérielle de jeudi alimente directement la réunion des chefs d'État prévue vendredi, lors de laquelle le président Cyril Ramaphosa reçoit le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa pour la quatrième session de la BNC. L'endossement présidentiel des cadres élaborés au niveau ministériel constitue la prochaine étape critique. Pour les investisseurs et les opérateurs des deux pays, la question qui demeure est de savoir si cet endossement débouchera sur des projets financés et mis en oeuvre, ou s'il viendra simplement épaissir une pile d'accords qui attendent encore leur heure.